
« Ce disque est un déclic. Avant, je n'aurais jamais eu le courage de me concentrer sur des textes, de parler à la
première personne. Peut-être avoir atteint la trentaine m'a-t-il rendu plus direct, plus décidé à m'assumer comme
auteur compositeur ! » Celui qui parle a une tignasse ébouriffé d'éternel étudiant. Il sourit timidement. Parfois, il vous
fixe avec de grands yeux rêveurs. Le garçon évoque le jeune Alain Souchon, période « Toto 30 ans, rien que du malheur ».
Même délicatesse. Même naturel candide. Même dégaine poétique de celui qui pourrait bien devenir chanteur de
charme à son insu. Il s'appelle Séverin. Un prénom désuet parfaitement adapté aux pop songs douces-amères dont il a
le secret.
« Un jour tu te dis que la vie passe trop vite, qu'il va falloir arrêter de te cacher derrière d'autres voix, des partenaires.
Je suis d'un naturel discret, il m'a fallu du temps pour faire le grand saut, un peu raconter qui je suis ! » Pour cela, il a dû
faire table rase de son image de compositeur élégant doué pour les arrangements aériens. Au début, c'était avec le duo
electro rock One-Two distingué sur CQFD - le concours organisé par « les Inrockuptibles »-, avec des premières parties pour
The Rapture, Justice ou Bloc Party. Après la séparation du tandem, on le retrouve derrière une poignée de chansons
marquantes pour Camelia Jordana à la voix joliment brisée, la révélation de l'émission Nouvelle Star. Puis « Cheesecake »,
ou il met en scène quatorze voix féminines (Liza Manili, La Fiancée, Constance Verluca, etc...) : le disque est salué par la critique.
Il lui permet surtout de solder une rupture amoureuse et de marier ses passions d'esthète discret pour le cinéma de Jacques
Demy et les grandes chansons de Paul Simon et des Beatles. L'échappée belle de Séverin est en germe.
En dix titres, son dernier album réussit l'exploit de réconcilier la légèreté mélodique des dandys anglo-saxons et le charme
d'une certaine pop à la française, dans la droite ligne d'Elli & Jacno, de Daho et de Souchon évidemment. Cette double
éducation musicalo-sentimentale n'est pas de circonstance. Avec un pied en Angleterre et l'autre en France, Séverin donne
une vraie singularité à des petits joyaux mélodiques comme le tubesque et new wave « En noir et blanc » et le bonbon
acidulé « Un été Andalou ». Chaque sentiment a droit à sa chanson, des plus aimables aux plus violents comme en
témoigne « La Revanche », point de départ de ce disque, le portrait désenchanté d'une fille échappée des années lycées.
« L'influence d'un de mes héros, Jarvis Cocker de Pulp, capable d'écrire des choses très dures comme « Common People »,
mais toujours avec une distance mélodique. J'aimerais créer ce genre de décalage ! »
Dans l'idée de Séverin, la pop n'a pas à obscurcir le trait pour avoir l'air cool. Histoire de morale : « Tu ne dois être ni trop
plombant, ni trop cryptique. Tu invites des gens dans tes chansons, il faut mettre les formes pour les recevoir du mieux que
tu peux. Pour faire écho à leurs sentiments ». Ceux de ce trentenaire tournent souvent autour des filles. Légèreté des
premiers flirts d'adolescence, amours platoniques de lycée, nostalgie de charmants visages qu'on imagine s'être fanés,
souvenirs d'été ... Il y a cet amour des femmes, mais aussi, en ouverture de l'album, le manque déchirant du père disparu :
« Dans les graviers » est une façon de combler de mots et de notes l'absence du père, de revivifier son souvenir qui rythme
les bruits de la vieille maison familiale. «Cette chanson, je l'ai fait écouter à trois de mes proches. Ils ne s'étaient pas
concertés : tous trois m'ont avoué avoir pleuré. Bien sûr, je préfère faire rire les gens que les faire chialer ! Mais quand tu
arrives à formuler en musique une émotion qui n'arrivait pas à sortir, tu es sur la bonne voie, non ?».
Album disponible sur : http://bit.ly/severinalbum
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