
Depuis quinze ans que Dominique A aligne les albums, il avait plus d’une fois envisagé de sortir un live. Mais ça ne collait pas : « Tous mes enregistrements me laissaient sur ma faim. C’est toujours le même problème. À partir du moment où tu n’as pas le visuel, le public, l’investissement physique des musiciens, ce n’est pas satisfaisant. »
Et pourquoi ne pas se contenter d’un bon concert ? Avec Dominique, on sait qu’il y en a eu un sacré paquet. Mais trop facile : « Souvent de très bons concerts font de très mauvais enregistrements, prévient-il. Parce que le public capte surtout le côté physique, la musique passant au second plan. » Et là-dessus, Dominique n’en démord pas : « Un disque, c’est de la musique avant tout. Dans les arrangements, le travail musical, il y a des choses qui ne supportent pas d’être bradées. Il faut les mettre en valeur. Il faut qu’elles soient bien jouées, afin qu’on arrive à un équilibre entre l’énergie et des passages musicaux, atmosphériques. »
Avec Dominique A, la barre est toujours placée haute. Il suffit de se rappeler sa discographie. Il a souvent épaté. Du choc de l’inaugural et minimaliste La Fossette, à l’épure, la lumière, le lyrisme de L’Horizon. Et justement, pour L’Horizon, Dominique avait réuni une fameuse équipe de musiciens « aux idées brillantes et avec qui je m’entends bien ». C’est avec eux qu’il est parti sur la route des concerts. De quoi gagner une cohérence qu’il n’avait, mine de rien, encore jamais trouvée : « C’est la première fois que je me sentais à ce point épaulé. » Il pouvait enfin envisager mettre en chantier ce fameux live.
Quatre concerts ont été captés et passés au peigne fin pour en extraire le meilleur. Là où le groupe joue de manière parfaitement rentrée, concentré sur son jeu. Là où il joue le mieux tout en ne sacrifiant pas cette énergie qui fait le jus d’un concert. L’équilibre parfait entre le côté brutal, sauvage, du groupe qui en a sous les pédales, et la finesse d’arrangements parfois sophistiqués à renfort de cuivres et de claviers.
Bien, mais best of ou pas ? On va dire que ça y ressemble bigrement, Dominique n’en faisant, évidemment pas, une question de principe. Car là-aussi, il faut être honnête : « S’il n’y a rien à ajouter à un morceau, ce n’est pas la peine de le reprendre », souligne de manière cinglante le chanteur. Pour lui, une version live doit optimiser ou surpasser la version originale.
De ce côté, on peut être rassuré. Dominique et son groupe ont eu beaucoup de nouvelles idées. Ce qui veut dire que ce disque balaie l’ensemble de la carrière du garçon. Aucun album n’est oublié,
certaines chansons ressortant même des limbes, comme L’amour, carrément présentée en ouverture. Les piliers de l’oeuvre sont là. Le Courage des oiseaux, si souvent transformé, est devenu ici rock-funk… La mémoire neuve, Pour la peau, Antonia sont bien présentes. Le côté nostalgique de Dominique A, qu’il peut difficilement passer sous silence, ressort avec Tout sera comme avant ou Music-hall. Moins connus, Le commerce de l’eau et le très rare Empty White blues captivent. Enfin, en guise de cadeau-bonus, deux inédits ont été concoctés : Revoir les choses et la très littéraire et bouleversante Marina Tsvétaeva.
Voilà donc un nouveau Dominique A fort de pas moins de quinze titres. Un disque à part entière qui devrait toucher au-delà de son public de fans tellement il dépasse le fameux clivage « nouvelle chanson française » pour offrir une palette de chansons simplement superbes, amenées par un chant à la fois apaisant et prenant, servies par un quatuor de musiciens de haut vol. C’est l’instant
précis, c’est l’objet idéal pour découvrir ou redécouvrir cet artiste appelé Dominique A.
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