
Dominique A - Vers les lueurs
Oublie la ville/ Oublie la vitesse/ Contre un arbre » :
rock très mélodique, tendre avec de vraies pointes soniques,
puissant dans le genre félin et lyrique sans complaisance, le
nouvel album de Dominique A s’ouvre sur une invitation
claire et nette à sortir des sentiers battus de la ville. L’idée ?
Quitter le quotidien étriqué des « jours à cran » pour se laisser
porter au plus proche de la campagne ordinaire, là où l’espoir
bat malgré tout, où la joie palpite quand même : « Vers Les
Lueurs ». Résultat, des chansons hors la ville sans être pour
autant folk ou baba, treize pépites harmonieuses, lumineuses
et ciselées mais traversées par la fougue d’un groupe rock.
Où il est question, avec la musique autant qu’avec les mots,
d’amour et de rivières, de regrets bruissant dans le vent, de
mémoire griffée par les branches, d’enfance qui palpite sous
l’écorce, de la vie que l’on voudrait toujours plus grande
que la vie, de boue et de grâce mêlées, et de trouées soudaines
de lumière, le ciel s’ouvrant d’un coup, déversant
une énergie brute.
Ce neuvième album du grand chanteur chauve est attendu :
cet hiver, le Nantais a fêté ses vingt ans de chanson en rééditant
l’ensemble de son oeuvre. Fin d’un cycle, au suivant ! Si
ce nouvel opus est aussi généreux, délié sur le fond comme
sur la forme, c’est qu’il navigue entre l’ombre tendue des
guitares rock et les bourrasques de lumière venues… d’un
quintet à vent : « Au départ, j’avais envie d’un disque à la
tonalité musicale pas trop aride », explique Dominique A.
« Je pensais aux disques de Nick Drake, au folk anglais des
années 70, et à une chanson du groupe Mild Lake accompagnée
par une flûte. Cette sonorité m’a poursuivi jusqu’à aujourd’hui.
L’idée d’ajouter un quintet à vent s’est imposée assez
vite entre moi et David Euverte, qui m’accompagne au clavier
depuis sept ans et à qui j’ai confié les arrangements. »
Le pari était casse-gueule, l’alchimie n’avait rien d’évident :
comment inclure harmonieusement cette formation classique à
l’identité sonore ultra-typée (hautbois, cors anglais, basson, clarinette,
flûte), dans un univers aussi rock ? « Notre souci a été
d’aller tous ensemble vers la plus grande fluidité possible. Nous
avons enregistré en six jours dans un esprit « live », avec beaucoup
d’énergie et un sentiment d’urgence très excitant. » Pari
gagné donc : solaire et spontané, « Vers Les Lueurs » élargit
l’oeuvre iconoclaste de Dominique A, dégageant plus encore
l’horizon de la chanson française, s’affranchissant allégrement
des cases étriquées qui enferment chacun dans une caricature
de soi. « L’idée, c’est de tout tirer vers le haut, même les chansons
les plus sombres. Ne jamais sur-jouer la noirceur ou la mélancolie.
Le quintet à vent pousse plus encore dans cette direction,
renforçant un travail sur des harmonies plus riantes que par le
passé. A chaque disque, on me dit que mes chansons sont de plus
en plus lumineuses… Je vais finir totalement cramé ! ». Aucun
risque : la lumière est bel et bien là, qui attirera un public élargi,
mais l’inquiétude sourde aussi, qui lui donne tout son relief.
On entendra parler de « Rendez-Nous La Lumière », premier
single entêtant, qui clame : « Rendez-nous la lumière/ Rendeznous
la beauté/ Si le monde était beau/ Nous l’avons gâché ».
Sans diluer l’exigence maison, Dominique A s’aventure ici sur
un terrain où il n’est pas attendu, celui de la chanson d’époque :
« C’est une chanson d’exaspération un peu pompière, une supplique
à personne, qui traduit parfaitement le fond de ma pensée »,
revendique-t-il. Avec une naïveté bien balancée, assumée
comme une conquête sur le cynisme ambiant : « Je refuse de
m’interdire des choses au prétexte qu’elles seraient trop simples.
Ici, on a une ligne mélodique très lyrique, rentre-dedans,
et un refrain direct, un vrai plaisir à interpréter. » Cette chanson
simple est peut-être l’écho lointain et lumineux, vingt ans après,
du fameux « Courage Des Oiseaux ».
Treize titres, treize ambiances contrastées s’offrant à qui
les veut, laissant des traces comme les très bons films ou les
meilleurs romans, presque sur la peau. Vigoureuse et charnelle,
« Contre Un Arbre » ouvre magistralement l’album
puisque, dès les premières notes, les instruments du quintet se
présentent un à un, façon « Pierre et le loup ». Très rock, « Close
West » évoque une enfance rurale, « l’étrangeté singulière des
lieux très familiers, leur mystère presque inquiétant ». « Par Les
Lueurs » est un titre illuminé, irréel et lancinant, dans la lignée
des meilleures chansons de Murat. « Ce Geste Absent » est un
grand slow super classe, à la Christophe. Somptueuse, tissée de
délicatesse et de regrets, l’atmosphère est celle d’un film d’Antonioni,
la mélodie en plus. « Le Convoi », étrange ruban de
plus de huit minutes, aimante irrépressiblement, tout comme
« La Possession » et ses « désirs crépitants comme le feu sous
la mer », d’où l’on ressort fatalement exalté. Un chant bille
en tête, une écriture paumes tournées vers le ciel : plus incarné
que jamais, Dominique A nous ouvre un chemin somptueux
« Vers Les Lueurs ».
Dorothée Werner
----------------------
26 mars: sortie de "Vers les lueurs".
En pré commande sur iTunes et la Fnac.
Le 25 et 26 Avril au printemps de Bourges
Le 11 Mai au Cirque Royal à Bruxelles
Toutes les dates sur dominiquea.com / commentcertainsvivent.com
Facebook
Site officiel
Comment Certains Vivent
Myspace
Last.fm
iLike
RSS