
« C'est une formule qui vaut ce qu'elle vaut et je pense que je devrai la décliner à l'infini : quand on me demandait ce que j'étais en train de faire, je disais que je faisais La Fossette version Red Bull. »
Voilà déjà une bonne métaphore. Il va en surgir bien d'autres sous la plume des critiques, comme chaque fois que sort un nouvel album de Dominique A et que ses intentions se dévoilent
au grand jour. Car, après les grands espaces de L'Horizon et le lyrisme de la longue tournée qui a suivi, il revient avec un disque enregistré en solo à la maison, comme l'était son premier album, il y a seize ans. Mais, entretemps, le jeune homme aux chansons décharnées est devenu un des talents les plus affirmés de la scène française.
Il explique : « Dans ce disque, il y a l'idée de revenir à un fonctionnement solitaire, à cette nuance près que maintenant il y a quelques personnes susceptibles de m'écouter.
Et aussi que je ne veux pas jouer sur une fragilité, sur une neutralité du chant. J'ai voulu savoir ce que je peux donner maintenant, à domicile, avec des instruments qui ressemblent
peu ou prou aux instruments que j'avais avant,
et avec quinze ans d'expérience musicale. »
parution de Sur nos forces motrices, son album live récapitulant toute sa carrière. Puis il est parti en congé sabbatique. Enfin, un congé à la Dominique A… « Ce métier est tellement lié au déplacement qu'à partir du moment où je suis chez moi, je considère que c'est le sabbat. J'ai enregistré à la maison, mixé tout près : je n'ai pas eu l'impression de travailler. »
Après plusieurs tournées guitaristiquement intenses, il a envie de claviers, en même temps que lui revient le désir de travailler un peu seul, sur un petit huit-pistes. Première surprise : il achète finalement un trente-deux-pistes numérique. Deuxième surprise : lorsqu'il fait entendre ses premières démos enregistrées à la maison, son entourage professionnel l'engage à l'autarcie.
« D'habitude, on me dit que je devrais faire appel à d'autres gens pour les arrangements ou pour réenregistrer certains instruments. Là, on me disait : si tu fais venir quelqu'un d'autre, tu vas perdre quelque chose. »
Car ce sont vraiment des couleurs inattendues qu'explore Dominique pendant des mois. Dès les premières notes de la première chanson de l'album, Le Sens, on est à mille lieues du son dominant d'aujourd'hui. Rythmiques synthétiques à trois sous, clavier au son dru, rythmique rêche… « J'en ai marre du son acoustique à la française, des guitares folk et du micro bien
placé. J'avais envie de synthés un peu pourris, de boîtes à rythmes pas très performantes, de rentrer les guitares directement dans la console sans passer par un bel ampli…
La voix et les guitares acoustiques sont les seuls enregistrements avec micro. J'ai encouragé Dominique Brusson (déjà aux manettes pour L'Horizon) à aller vers des sons de studio très
artificiels, vers un fonctionnement un peu impur - le terme est malheureux, je sais - sans chercher le bien-enregistrer.
Plutôt que de tout caler, on a fait en sorte qu'il y ait des dérapages, que les choses soient un peu branlantes. Par exemple, j'ai joué certaines boîtes à rythmes plutôt que les programmer, pour que ça ne sonne pas comme de la musique sur
ordinateur. »
Ce faisant, Dominique A assume une part de sa généalogie musicale sur laquelle il ne s'était guère étendu jusqu'alors : il y a dans
cet album des parentés avouées avec Blue Nile ou avec Orchestral Manoeuvres in the Dark, des phrases mélodiques « un peu stupides,
un peu variétés, un peu kitsch ». Pas de revival de la new wave du Top 50, mais l'envie « d'un disque rythmiquement très affirmé, très tenu. Sur mes disques précédents, il y avait toujours un morceau un petit peu plus difficile qui faisait
contrepoids avec des choses plus évidentes. Cette fois-ci, j'avais envie d'un disque presque pop dans l'esprit, un disque dont chaque morceau a un impact fort. »
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