BERTRAND BELIN
Depuis la parution de Tambour Vision, en 2022, on l’a vu dans deux films, Le Roman de Jim des frères Larrieu et L’Amour et les forêts, de Valérie Donzelli. Au théâtre également dans « En travers de sa gorge » de Marc Lainé. Et puis il a écrit un nouveau livre, La Figure. Où, en filigrane, il commente le théâtre de ses origines, flanqué d’un drôle d’alter ego, guide dantesque, voix intérieure devenue camarade de chaque instant. Lesquelles se retrouvent dans Watt. Bertrand Belin manipule toujours une matière malléable, une pop volontairement égarée entre rock et chanson, moirée de jazz et de blues.
Décidément allergique au péremptoire, Bertrand Belin adresse avec Watt des « prières païennes pour ses congénères », enregistrées avec le complice Thibault Frisoni dans leur studio de Montreuil. Ainsi, Watt poursuit le propos de Tambour Vision – le lien à soi et à l’altérité – d’une perspective plus intime encore.
Ce que reflète le titre de l’album, Watt. Parce que cette unité mesure la puissance des chaînes hi-fi, parce que le « what » anglo-saxon, parce que le roman éponyme de Samuel Becket.
Il y a dans la dramaturgie de Watt, tant narrative que sonore, une étonnante souplesse. Belin a construit aux côtés de Thibaut Frisoni l’un de ses plus beaux édifices. Chaque piste du disque répond cependant à l’autre car il s’agit de « faire qu’une chanson ne ressemble qu’à elle-même, et faire en sorte qu’elle appartient à un tout. » Y compris lorsqu’il n’est pas seul derrière le micro, sur le morceau-titre, l’ami Rodolphe Burger est venu poser sa voix. Quand la pulsation est contemporaine, l’élégance de l’harmonie s’avère patrimoniale.






